1. Les débuts

Dakar, à la charnière des années 60-70. Youssou Ndour est élève à l'Ecole de la Gendarmerie de Colobane. C'est un enfant de la Médina qui flâne avec ses copains et ne s'intéresse qu'à une chose: la musique. Il est d'abord attiré par l'orchestre Xalam 2 qui tient ses répétitions à côté de l'école qu'il fréquente. Il assiste souvent à ces répétitions et ne rêve que d'une chose: s'emparer du micro. L'opportunité lui sera offerte par Henri Guillabert et Youssou effectuera ses premiers pas dans la musique en amateur au Xalam.

Plus tard, il a une douzaine d'années quand il intègre la troupe théâtrale Sine Dramatique. Il ne l'intègre cependant pas en tant que comédien, mais plutôt pour meubler les intermèdes entre deux actes en chantant pour le public.

Il est ainsi remarqué par le saxophoniste du Dounya Orchestra, Saliou Dièye dit "Pacheco", qui sera bien plus tard l'auteur remarqué du tube "L'an 2000". Pacheco lui propose de rejoindre sa formation basée à Rufisque (ville située à 28 km de Dakar). C'est ainsi que Youssou commence sa formation artistique.


Mais, rapidement, il est contraint de quitter le Dounya, car les déplacements entre Dakar et Rufisque sont problématiques pour un jeune de la Médina désargenté. Pacheco l'aiguille alors vers une formation dakaroise réputée, le Diamono. Non pas le Diamono d'Omar Pène et compagnie, mais celui de Charlie Diop.


Ainsi, jusqu'en 1975, il chemine avec l'orchestre Diamono et un événement tragique va bouleverser sa carrière une première fois: le décès prématuré de Papa Samba Diop dit Mba. L'artiste saint-louisien, ténor du Star Band de Dakar, disparaît le 28 avril 1975 et c'est un choc pour la grande famille de la musique sénégalaise.


Pour venir en aide à la famille du disparu, le Comité National de la Musique organiqe alors un festival à Saint-Louis. Youssou et le Diamono participent évidemment au Festival et le jeune chanteur y interprète la chanson "Mba",  écrite par Charlie Diop. Youssou éblouit l'audience et est même porté en triomphe. Une première qui allait en appeler beaucoup d'autres.


Mba (Pape Samba DIOP)

2. Le Star Band

Le public accroche à cette voix féminine, cassée, nasillarde, mais ô combien belle. Fort de son succès saint-louisien, Le Diamono lui demande donc de les suivre en tournée à Banjul et n’osant pas prévenir son père de son départ, Youssou y va sans son consentement. Ce dernier le tance sévèrement, mais, comprenant que son fils a un vrai talent, il le laisse assouvir sa passion en l’inscrivant à l’Institut des Arts de Dakar.

Au début de l'année 1976, un clash oppose les musiciens leaders du Star Band de Dakar que sont Pape Seck, Maguette Ndiaye, Yakhya Fall, Mamané Fall et Doudou Sow à leur patron, l'intransigeant Ibra Kassé. Ils quittent l'orchestre phare de la capitale sénégalaise pour créer leur propre formation, le Star Band Number One.


Youssou va alors, du haut de ses 16 printemps, aller proposer ses services au vieux Kassé. Le proporiétaire du Miami est d'abord dubitatif quant à la nécessité d'intégrer Youssou au Star Band. Il faut dire que, malgré les défections, l'orchestre regorge de chanteurs au talent reconnu: Laba Sosseh, Mar Seck, Pape Fall et Eric Mbacké N'Doye.


Youssou insiste et reçoit l'appui d'Idy Kassé, fils du boss et bassiste du Star Band. Malgré le fait qu'il n'eût qu'une poignée de chansons à son répertoire (Jalo, Totoo et Ndèye Ndongo), Ibra Kassé accepte de l'embaucher. Cependant, un dernier écueil se dresse devant Youssou: à l'Ecole des Arts où il est toujours étudiant, il est interdit de faire partie d'un orchestre.


Dans un premier temps, Youssou n'en a cure. Il suit les cours et le soir venu, va taper le boeuf avec ses aînés au Miami. Hélas, un surveillant de l'école eut vent de l'affaire et le dénonça. Youssou n'eut alors d'autre choix que de quitter l'établissement scolaire pour intégrer à plein temps le Star Band. Mais étant toujours mineur, c'est son père, Elimane, qui paraphe le contrat où il est payé 500 FCFA la soirée. 


Le premier album auquel You participe est le Vol.8 du Star Band. Et son premier morceau, « Bouna Ndiaye »….

3. Star Band - Number One: le clash

En 1977, l'opposition entre le Star Band Number One qui deviendra par la suite le Number One de Dakar et le Star Band d'Ibra Kassé atteint des sommets. Ils font un carton avec "Maccaki" où Pape Seck s'adresse à Ibra Kassé: "Ndax taal bu Yalla taal, sanni ci matt’a gueun fay ko".

Maccaki (Number One de Dakar)
   
Kassé fit monter le jeune You au micro pour répliquer aux "grands" du Number One, car entre-temps, Laba Sosseh avait quitté le Star Band ainsi que Mar Seck, qui avait lui rejoint le Number One. C'est ainsi qu'en reprenant le fameux "Thiely" de Pape Seck, il chanta : "Kuy lappi lappi, te du fii nga jaare".
   
Thiely (STAR BAND DE DAKAR, VOL.11: BIRAME PENDA VAGANE) - 1978

4. Youssou quitte le Star Band et co-fonde l'Etoile

Il devient vite une des coqueluches du public (restreint) et essaie de renégocier son contrat. Car oui, Youssou est très ambitieux. Ibra Kassé refuse et le vire sans ménagement. Youssou lui réservera (plus tard) la primeur d’une de ses chansons à venir « Nit Kou Gnoul » (Etoile de Dakar – Tolou Badou Ndiaye) où il dit entre autres : 

“Nga di ma ligeey lo ba xeuy ne ma daxx naa la, boobu ñakk fayda dal na ma ndax ba may door, Ndax ba may door aw ma këyit ya war…”


Il aura donc participé à 4 albums du Star Band (Vol. 8, 10, 11 et 12) tous parus en 1978, dont voici une playlist exhaustive.





Il rencontre alors Elhadj Faye qui lui propose de monter un nouvel orchestre. C’est ainsi que Badou Ndiaye, (guitare solo) Marc Sambou, (Trompette), Eric Mbacké Ndoye (chanteur) et Maguette Dieng Boy Gri (qui finalement ne fut pas retenu dans cette première selection ), furent associés à Rhane Diallo (qui avait fait un bref passage à Louga, venant de Saint Louis) Alla Seck, Assane Thiam, Alpha Seyni Kanté, pour rejoindre Kabou Gueye dans ce qui était l’Etoile de Dakar, en fait, un groupe avec Badou comme chef d’orchestre.

La musique de ce groupe fut fortement influencée par les goûts de Badou Ndiaye, excellent guitariste au doigté extraordinaire et qui avait un background, une inspiration et une polyvalence impressionnants doublés d’un talent inné de compositeur: entre autres; 


Badou Ndiaye est en fait, l’inspirateur de ce style assez caractéristique - une synthèse des sonorités saturées à la « Santana » et du « Hendrix » tropicalisées - que jouent, si merveilleusement, Jimi Mbaye et un certain Hasse Wali (un toubab qui a séjourné au Sénégal mais que Badou a initié en Finlande et qui a, ensuite, formé le groupe Assamane avec Manel Diop et Yamar Thiam, entre autres musiciens récupérés de l’éphémère 2éme Groupe de You « le canal du cayor ») ; le plus de Badou est qu’il y ajoute le « degg galeñ » du Lougatois.

5. L'Etoile de Dakar: débuts fulgurants

A cette époque (nous sommes en 1978), le mbalax tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas, c’était un prolongement de musique afro-cubaine. D’ailleurs, le sabar n’avait pas encore fait son apparition dans les formations musicales, si ce n'est au Wato Sita avec le fils de Doudou Ndiaye Rose, Arona.
Le premier album réalisé est Xalis. Un album enregistré studio au Jandeer Night Club de Soumbedioune, qui reçoit un excellent accueil de la part du public, avec des titres tels que «Xalis», «Banana», «Thiely»…

XALIS - 1978


Fort du succès de l'album Xalis, l'Etoile de Dakar se produit pour la première fois au Théâtre Daniel Sorano le 27 janvier 1979. Une soirée qui assoit définitivement la renommée du nouvel orchestre à la mode.

6. Etoile de Dakar, étoile filante

Chemin faisant, ils enregistrent entre 1979 et 1981, Absa Gueye (Vol1), Thiapathioly (Vol2), Tolou Badou Ndiaye, Yallay Doggal (aka Lay suma Lay) (Vol3), Xaley Etoile (Vol4) et Maleo (Vol5) donc.


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Mais, très vite, dans la deuxième moitié de l’année 1981, les rapports entre Youssou et Elhadj Faye tournent au vinaigre. Youssou reproche essentiellement à Elhadj Faye son manque de sérieux et de professionnalisme ; ce dernier lui rétorque que lui (Youssou) n’est pas son patron, et qu’il n’avait pas d’ordre à recevoir d’un "enfant".

C’est le schisme. Youssou comprend que s’il veut devenir « quelqu’un » dans le monde de la musique, il n’y a pas d’autre moyen que de créer son propre orchestre et d’en être à 100% le patron. 
C'est ainsi que le 18 novembre 1981, Youssou Ndour réunit tous les membres de l'Etoile de Dakar et leur annone sa décision de quitter l'orchestre. Il dira dans une interview donnée au quotidien Le Soleil 3 jours plus tard, le 21 novembre:

"Mon nom m’impose à présent des devoirs que je ne peux esquiver :  des devoirs familiaux, mais aussi des devoirs pour la promotion de la musique sénégalaise. Je me battrai de toutes mes forces pour réussir et je ne refuse, a priori, aucune aide, pourvu qu’elle soit sincère"

7. L'Etoile passe au Super


Il commence d’abord par recruter au sein de l’ex-Etoile de Dakar des musiciens. D’aucuns le suivent dans sa nouvelle aventure (Mbaye Dièye Faye, Assane Thiam, Ouzin Ndiaye, Rhane Diallo), d’autres comme Badou Ndiaye refusent. Youssou recrute aussi Papa Oumar Ngom, Marc Sambou, Magatte Dieng “Boy Gri”, Jimi Mbaye

Une anecdote à propos de Jimi : du temps de l’Etoile, Jimi est appelé à l’origine pour jouer de la basse, mais, lors d’un concert, il remplace au pied levé Badou Ndiaye, malade. C’est sa révélation. Youssou s’en souviendra plus tard et l’embauchera donc comme guitariste solo. 


Youssou recrute aussi Eric Mbacké Ndoye, car il avait besoin d'un chanteur pouvant interprèter des morceaux de salsa, musique toujours très populaire chez les mélomanes sénégalais.


Il propose à ses musiciens un système jamais vu dans un orchestre au Sénégal : ils seront salariés et recevront des primes lors des soirées et concerts. 
Mais Youssou a deux problèmes : il n’a pas d’argent et il n’a pas (encore) de nom de groupe.

Le problème d’argent sera contourné en empruntant à la BIAO (actuelle CBAO) de l’argent pour payer les musiciens et sortir au plus vite une cassette qui lui permettra d’avoir des liquidités. D’ailleurs, la première cassette porte le nom du groupe « Youssou Ndour et son Orchestre – Tabaski Ndakarou » en fin 81.

Youssou ne mettra pas longtemps à trouver un nom d’orchestre : le Super Etoile de Dakar. Elhadj Faye réplique en mettant sur pied l’Etoile 2000. La concurrence bat son plein. Youssou sait qu’il doit s’imposer et travaille comme un damné. Le Super a trouvé un producteur TOUBA K7 et sort quatre cassettes en 1982 : Tabaski (Vol1), Ndakarou Xarit (Vol2), Indépendance (Vol3) et Banjoly Ndiaye (Vol4).